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Harry Benjamin : pionnier dans la médecine destinée aux personnes transgenres

“Il était fermement convaincu que certaines personnes pouvaient naître avec un sexe qui ne correspondait pas à leur ressenti et que le seul moyen d’établir une cohérence entre le sexe et l’identité était la chirurgie et le traitement hormonal.

Harry Benjamin est un endocrinologue et un sexologue américain d’origine allemande. Avant-gardiste, il est connu pour ses travaux et ses interventions médicales auprès des personnes transgenres.

Parcours professionnel

Harry Benjamin naît en Allemagne, à Berlin, le 12 janvier 1885. Il commence son éducation en étudiant à Berlin puis à Rostock. En 1912, il obtient son doctorat en médecine à l’Université de Tübingen. Bien que ses études ne portaient pas sur la médecine sexuelle, Benjamin a toujours été intéressé par cette thématique. Il rencontrera d’ailleurs le fondateur de la sexologie, le docteur Magnus Hirschfeld avec qui il entretiendra des liens d’amitié tout au long de sa vie. 

À Berlin, Hirschfeld amène Benjamin dans divers bars homosexuels où se produisent des hommes travestis. À cette époque, le terme “transgenre” n’existe pas, on emploie le terme “travesti” indistinctement pour les hommes déguisés en femmes peu importe leur orientation sexuelle ou pour les hommes étant considérés comme efféminés. Notons que Harry Benjamin utilisera pour la première fois le vocable “transexuel” dans les années 50. 

En 1913, Harry Benjamin s’installe à New York et y ouvre son cabinet médical. Il commence à travailler sur un procédé visant à ralentir le vieillissement grâce aux hormones sexuelles. Il s’appuie sur les travaux de l’endocrinologue Eugen Steinach qui préconise la vasectomie partielle qui restaurerait l’énergie de la jeunesse et la puissance sexuelle du patient. À cette époque, Harry fréquente des médecins actifs dans le domaine de la médecine sexuelle tels Margaret Sanger et Alfred Kinsey. 

Benjamin, médecin des personnes transgenres 

En 1948, Harry Benjamin reçoit son premier patient transgenre envoyé par le sexologue Alfred Kinsey. Il s’agit d’un garçon qui se sentait fille. À cette période, le seul traitement existant pour répondre à ce genre de demande consistait à envoyer le patient chez un psychanalyste. Benjamin n’approuvait pas cette méthode. Il était fermement convaincu que certaines personnes pouvaient naître avec un sexe qui ne correspondait pas à leur ressenti et que le seul moyen d’établir une cohérence entre le sexe et l’identité était la chirurgie et le traitement hormonal. Il prescrit donc la prise d’œstrogènes pour ce premier patient et l’enverra ensuite se faire opérer en Allemagne. 

À partir de ce moment-là, Benjamin soignera gracieusement une centaine de patients transgenres. Il a notamment reçu de nombreuses personnes provenant des États-Unis et du Danemark, des pays où l’accès à l’opération de réattribution sexuelle était limité. 

Dans les années 50, Harry Benjamin établit la nosographie (description et classification des maladies et des troubles) de ce que l’on appelait alors le “transsexualisme” et parfois même le “syndrome de Benjamin.”

Le Transsexual Phenomenon, 1er ouvrage médical dédié au transgénérisme 

En 1966, Benjamin publie The Transsexual Phenomenon où il expose ses observations et ses traitements en faveur des personnes désireuses de changer de sexe ou ayant des “troubles sexuels”. Il y fait la distinction capitale entre ce qui était appelé “transexuel,” “travesti” et “homosexuel,” des notions qui étaient presque des synonymes à cette époque-là. Alors que ces termes étaient regroupés dans la même catégorie médicale des pathologies sexuelles, Benjamin précise que ces trois catégories ne coïncident pas toujours et qu’il ne faut pas les confondre (même s’il arrive qu’elles se superposent pour certaines personnes) afin d’apporter le traitement médical adapté. Ainsi, les travestis peuvent être des hommes hétérosexuels prenant du plaisir à se déguiser en femmes sans pour autant vouloir devenir femme. Ils ne sont pas forcément homosexuels. De même, un homme homosexuel ne se travestit pas forcément et ne veut pas toujours changer de sexe. 

Dans son ouvrage, Benjamin conteste le traitement psychologique des personnes transgenres. Selon lui, la psychanalyse ne résout en rien le mal-être éprouvé par ces personnes et leur volonté de changer de sexe. 

Au contraire, cette approche pousse celles-ci à réprimer leur désir et à vivre cachées. Le médecin préconise l’usage d’hormones et la chirurgie afin d’harmoniser l’apparence avec le ressenti identitaire du patient. 

Suite à la publication du Phénomène Transexxuel, le transgénérisme se fait connaître et s’étend dans le monde. Pourtant, ce phénomène reste pour  beaucoup de médecins une sorte de fantaisie qui sera soignée à force de drogues, de détention, de lobotomie, etc. Aussi, il était illégal pour un homme de s’afficher publiquement avec des vêtements de femmes ou de demander la pratique de la castration.

La consécration 

Harry Benjamin sera reconnu mondialement comme le spécialiste du transgénérisme notamment grâce à l’une de ses patientes, la célèbre Christine Jorgensen qui fut la première personne transgenre médiatisée ayant bénéficié d’une opération chirurgicale de réattribution sexuelle. Ainsi, grâce à la publicité de sa patiente, Benjamin multiplie les travaux, les  conférences, les colloques et cela internationalement. 

Par ailleurs, Jorgensen n’est pas la seule femme célèbre transgenre ayant été opérée. En France, à la fin des années 1958, Coccinelle est aussi l’une des premières femmes transgenres connue publiquement. On peut également citer Roberta Cowell en Angleterre. 

En 1979, Harry Benjamin crée ce qui deviendra la Harry Benjamin International Gender Dysphoria Association. Il s’agit d’un groupe de professionnels de la santé, notamment des thérapeutes et des psychologues qui ont conçu un protocole de soins, basé sur les études de cas du docteur Benjamin, à l’attention des personnes souffrant d’un trouble de l’identité de genre. Ils créent également un ensemble de critères pour poser le diagnostic de ce qu’on appelle actuellement la dysphorie de genre

Conclusion 

Aujourd’hui, Harry Benjamin est considéré comme le précurseur de la médecine à l’attention des personnes transgenres. Il a aussi été leur protecteur et leur défenseur. Ainsi, les patients transgenres considéraient le docteur Harry Benjamin comme un homme bienveillant, à l’écoute et respectueux. Certains patients garderont le contact avec lui jusqu’à la fin de ses jours. 

Par ailleurs, il reste toujours une importante correspondance en anglais et en allemand entre Benjamin et Hirschfeld. Elle est conservée dans l’Archive for Sexology, à l’Université de Humboldt, à Berlin. 

Sources : 

fr.wikipedia.org

delphipages.live

Khadiaja Houmimi

ARTICLE ÉCRIT PAR

KHADIJA HOUMIMI

Rédactrice, traductrice et philologue en langues française et espagnole

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