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INTERSEXUATION ou INTERSEXUALITÉ : que signifie être une personne intersexe ou intersexué(e)?

L’intersexuation est un concept mal connu encore aujourd’hui. Les individus intersexes ou intersexués représentent pourtant 0,05 à 1,7 % des naissances. Cette méconnaissance mène à une violation de la liberté de ces personnes notamment par des mutilations génitales à la naissance qui imposent un genre non choisi par le principal concerné.

 

L’intersexuation : définition

L’intersexuation ou l’intersexualité se définit par la présence chez un individu de caractéristiques sexuelles au niveau des organes génitaux, des gonades, des hormones, des chromosomes ne correspondant pas aux définitions standards des sexes masculins et féminins. Cela peut s’exprimer par la musculature, la pilosité, l’apparence des organes génitaux internes (vagin, utérus, ovaires, etc. chez la femme et les vésicules séminales ou la prostate chez l’homme) et externes, le fonctionnement des gonades (ovaires et testicules), etc.  

Détermination du terme “intersexuation”

Au cours des XIXe et XXe siècle, des scientifiques font face à des enfants dont les organes sexuels externes ne correspondent pas à la norme reconnue. Ils parlent alors d’hermaphrodisme pour les désigner. Ces enfants dits “ambigus à la naissance” sont classés en deux catégories : l’hermaphrodisme vrai et le pseudo-hermaphrodisme selon le caractère des gonades (appareil reproducteur mâle ou femelle, à savoir les testicules et les ovaires). 

Durant le XXe siècle, les études de genre se développent. On commence alors à remettre en cause le terme d’”hermaphrodisme” pour désigner les personnes intersexes. Ces dernières rejettent ce terme qu’elles trouvent insultant et surtout inapproprié et incorrect pour désigner leur situation réelle. 

Il faut savoir que le terme “hermaphrodisme” provient de la mythologie grecque dans laquelle Hermaphrodite est un personnage possédant des organes sexuels mâles et femelles parfaitement fonctionnels, ce qui n’est pas le cas des personnes intersexes.

Beaucoup de parents et de professionnels de la santé préfèrent le terme “troubles du développement sexuel”, mais ce terme sous-entend qu’il s’agit d’une pathologie.

Intersexuation: attribution sexuelle 

C’est au XXe siècle que la médecine s’intéresse au cas des personnes intersexes. 

Dans les années 50, on considère l’intersexuation comme une anomalie qu’il faut changer non pas car elle constitue un danger pour la santé de la personne concernée, mais parce qu’elle n’est socialement pas admise. 

Dans les années 60 et 70 et toujours actuellement, des traitements hormonaux et des opérations chirurgicales ont lieu afin de faire correspondre les caractères sexuels primaires et secondaires à un genre préétabli à la naissance.  

Dans les années 90, le chirurgien pédiatre suisse Blaise Meyrat assiste à un congrès remettant en cause les opérations de réassignation de genre à la naissance. Il cesse alors cette pratique et se mobilise pour sensibiliser ses collègues en tenant compte de l’opinion des personnes intersexes. Ses idées se sont répandues dans toute l’Europe sous l’appellation “moratoire lausannois”. 

Aujourd’hui, de plus en plus de voix au sein de la communauté intersexe, s’érigent afin d’arrêter ces traitements et ces opérations arbitraires et de laisser la liberté à la personne concernée de choisir sa propre identité de genre. 

Genre et sexe

Le phénomène d’intersexuation a permis la remise en cause de la notion de sexe et de genre. 

On détermine toujours actuellement si un individu est un homme ou une femme en se basant, à la naissance, sur l’observation de ses organes génitaux externes. 

Cependant, selon certains chercheurs, il est complexe de définir scientifiquement le sexe en se basant uniquement sur l’observation des organes génitaux extérieurs. Il n’existerait pas un modèle naturel et fixe d’organe génital. Il faudrait tenir compte d’autres paramètres : les gonades, les hormones, l’aspect interne et externe de l’appareil génital, l’ADN. 

Il existe donc une multitude de “modèles sexuels” ne pouvant pas être déterminés par un seul coup d’œil. 

Depuis quelques années, les études de genre se sont développées. La théorie principale repose sur l’idée que la binarité standard homme-femme ne repose pas sur un fait naturel et biologique, mais est en réalité le fruit d’une construction sociale qui dépend non seulement des différentes cultures et civilisation, mais aussi des périodes dans l’Histoire. 

Le genre n’est donc pas le sexe d’une personne, mais le principe même d’instaurer deux types de sexes qui permettent d’établir une binarité homme-femme. C’est donc bien le genre qui précède le sexe et non l’inverse en ramenant une série de caractéristiques sexuelles à seulement deux catégories. Ce sont ces deux catégories que les personnes intersexes remettent en cause.

Mobilisation des personnes intersexes

Dès les années 1990, des organisations ont été créées par des personnes intersexes. La première manifestation à mettre en lumière ces personnes a eu lieu à Chicago le 26 octobre 1996. C’est à cette même date qu’est célébrée chaque année une journée de sensibilisation aux droits des personnes intersexes. 

L’Organisation internationale des intersexués est la plus importante des organisations. Créée en 2003 afin de s’opposer entre autres à l’aspect pathologisant de certaines associations intersexes, elle a pour but de faciliter la communication entre les différentes associations du monde. 

Les revendications des personnes intersexes dont la violence qu’elles subissent dès la naissance commencent à porter leurs fruits. Ainsi, en juillet 2006, une Conférence internationale sur les droits humains LGBT tenue à Montréal attire l’attention sur la violence des mutilations génitales subies par les individus intersexes. 

En 2007, est présenté le Principe 18 devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et qui prévoit une “protection contre les abus médicaux.” Selon ce principe : 

« Nul ne peut être forcé de subir une quelconque forme de traitement, de protocole ou de test médical ou psychologique, ou d’être enfermé dans un établissement médical, en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. En dépit de toute classification allant dans le sens contraire, l’orientation sexuelle et l’identité de genre d’une personne ne sont pas en soi des maladies et ne doivent pas être traitées, soignées ou supprimées. »

En 2013, est créée la Déclaration de Malte qui reprend de nombreuses revendications proposées par 30 organisations intersexes du monde entier afin de mettre fin aux discriminations de ces personnes et de leur permettre de disposer de leur corps et de s’auto-déterminer.

D’autres rencontres internationales allant dans le même sens ont lieu à travers le monde et proposent des déclarations. Citons la Déclaration de Riga en 2014 ou celle de Vienne en 2017. 

Conclusion

On voit que l’intersexuation, bien que peu connue par le grand public, fait l’objet d’un certain militantisme dans le monde LGBTQIA+. L’Organisation internationale des intersexués rassemble de très nombreuses associations dans le monde qui peu à peu se font connaître et reconnaître par de grandes instances de décisions. Bien que de plus en plus de médecins élèvent également la voix et que certains pays instaurent des suivis médicaux personnalisés pour les personnes intersexes, les mutilations sexuelles sont encore privilégiées.

 

SOURCES
https://fr.wikipedia.org/wiki/Intersexuation 
https://www.universalis.fr/encyclopedie/caracteres-sexuels-primaires/ 
https://fra.europa.eu/fr/news/2015/les-droits-des-personnes-intersexuees
IMAGE
https://www.gouvernement.fr/fiches-pratiques-le-respect-des-droits-des-personnes-intersexes

 

Khadiaja Houmimi

ARTICLE ÉCRIT PAR

KHADIJA HOUMIMI

Rédactrice, traductrice et philologue en langues française et espagnole

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