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La binarité/le binarisme de genre : qu’est-ce que c’est ?

Le terme non-binaire, quand il est abordé, est souvent associé à un effet de mode, on le considère comme un mot fourre-tout ou un caprice immature de personnes en manque de reconnaissance qui passent par une sorte de crise identitaire avant d’en sortir et d’être enfin adultes. 



La binarité ou binarisme de genre ou encore bicatégorisation, genrisme, genderisme est un terme employé afin de désigner l’identité de genre selon deux catégories distinctes socialement ancrées et fondées sur la dichotomie : masculin-féminin.

Définition

Le binarisme de genre s’est construit sur la croyance sociale et culturelle qu’il existe exclusivement deux genres et que ces genres sont intimement liés au sexe de naissance. Les caractéristiques de chaque genre se basent sur l’aspect physique, le comportement, l’orientation sexuelle, le rôle de genre, les pronoms et d’autres représentations communément admises et associées socialement à un genre plutôt qu’un autre.

Cette vision normalisée des genres soit féminin, soit masculin pousse à des attitudes de discrimination, de rejet, d’incompréhension envers les personnes dont l’identité de genre et/ou l’expression de genre diffèrent de la norme sociale.

Dans cette catégorisation binaire, sexe, genre et sexualité sont flous et mélangés. On attend d’une femme qu’elle soit attirées par les hommes, qu’elle ait des comportements liés à son rôle de genre et une apparence féminine.

Polarisation de genre

La polarisation de genre est un concept sociologique selon lequel les genres masculins et féminins sont situés d’un côté et de l’autre d’un pôle sans considérer l’existence de genres intermédiaires entre ces deux positions extrêmes et complètement opposées.

Une polarisation visible dans l’apparence

Cette polarisation de genre est surtout marquée dans les sociétés où hommes et femmes exagèrent dans la démonstration de leurs caractères physiques afin de se différencier : les femmes qui épilent la quasi intégralité de leurs poils, les hommes qui se musclent démesurément, par exemple. Afin d’opposer davantage les genres masculin et féminin, la société a construit des différences basées sur aucun critère naturel. C’est ainsi que l’on s’est imposé un style vestimentaire purement masculin et un autre strictement féminin.

Une polarisation sociale et institutionnelle

La polarisation ne concerne pas uniquement l’aspect physique ou les rôles de genre, elle est également ancrée dans les institutions sociales. Ainsi, en Occident, les règles et les lois basées sur cette polarisation ont empêché les femmes de voter, d’étudier et de se former, d’accéder à des postes politiques, d’exercer certaines professions, de pratiquer certains sports, etc.

Par ailleurs, dans une société fondée sur la polarité, on attribue des caractères typiquement masculins (la rationalité, l’agressivité, la domination, la raison) et typiquement féminins (passivité, soumission, émotivité, sensibilité, attention).

Une polarisation inculquée très tôt

La polarisation de genre commence dès l’enfance où l’on pousse les petites filles à préférer le rose, à jouer à la poupée ou à la dinette, à être sages et discrètes, tandis que les garçons sont invités à jouer à la bagarre et aux voitures tout en exprimant leur agitation. Les enfants intègrent inconsciemment par mimétisme ce que l’on attend d’eux en termes de comportements de genre.

Cette polarisation pourrait être vue comme un scénario établi par la société qu’il convient de suivre en fonction de son genre et qui a une influence directe sur la manière dont une personne se développera. Ainsi, un homme devra se conformer aux comportements dits “masculins”, se vêtir, se mouvoir, parler, penser selon ce qui est communément instauré comme masculin d’après la société. Tout écart de cette polarité paraît douteux et est jugé comme anormal, immoral voire pathologique.

Pour dépasser le binarisme de genre, la non-binarité

Vous avez dit non binaire ?

À ne pas confondre avec intersexe, la non-binarité est un terme LGBTQIA+ global que l’on emploie afin de désigner les personnes qui ne se sentent pas appartenir à la norme occidentale en matière de genre ( = binarité homme-femme). Il peut donc s’agir de personnes agenres, genderfluids, bigenres, demi-genres, non binaires, etc.

Le terme non-binaire a été créé dans les années 2000 et la première journée internationale des personnes non binaires a débuté en 2012.

Une personne non binaire ne s’identifie pas comme un homme ou une femme. Il existe en effet des personnes qui refusent de se limiter à tout concept masculin et féminin en le rejetant complètement, d’autres qui se situent entre ces deux concepts, parfois homme, parfois femme en alternance. Les personnes non binaires peuvent également se sentir homme et femme en même temps, un mélange des deux ou ni l’un, ni l’autre.

La non-binarité, un genre méconnu

Si les termes LGBTQIA+ de transgenre, homosexuel ou lesbienne sont relativement connus de la plupart des sociétés, il n’en va pas de même pour la non-binarité.

Le terme non-binaire, quand il est abordé, est souvent associé à un effet de mode, on le considère comme un mot fourre-tout ou un caprice immature de personnes en manque de reconnaissance qui passent par une sorte de crise identitaire avant d’en sortir et d’être enfin adultes.

Cette méfiance à l’égard de la non-binarité est liée au fait que les comings out non binaires sont très récents et se font en général par le biais de stars. Il faut néanmois reconnaître qu’en France, un sondage révèle que 22% des 18-30 ans et 14% des 18-44 ans ne se reconnaissent pas dans la binarité de genre homme-femme.

Par ailleurs, la non-binarité n’est pas, comme on pourrait le croire, un phénomène récent. Ainsi, des sociétés non occidentales ont reconnu pendant des millénaires des identités de genre en dehors de la norme binaire. C’est le cas des Yorrubas, une grande ethnie africaine ou de certaines sociétés autochtones d’Amérique du Nord qui reconnaissent les two-spirits comme un genre non binaire à part entière.

Actions en faveur des personnes non binaires

En Occident, la société, habituée au binarisme de genre, est généralement rétive et violente à l’égard des personnes transgenres. On peut donc s’attendre à un accueil similaire pour les personnes qui ne se sentent pas appartenir aux catégories binaires standards.

Ce sont donc souvent les personnes non binaires elles-mêmes qui œuvrent pour donner plus de visibilité à leur communauté. C’est le cas, par exemple, du dessin animé Steven Universe qui met en scène des humains et des aliens évoluant dans une société post-genre. Dans cette même série, un des personnages principaux est une personne non binaire. Dans certaines séries, on peut aussi voir des personnages non binaires qui se font appeler par un pronom neutre.

La journée internationale des personnes non binaires, quelles revendications?

Cette journée internationale, qui a lieu le 14 juillet, est l’occasion de donner de la visibilité à cette communauté peu connue afin d’informer et d’amener par là à plus de tolérance en matière de genres.

En effet, l’enbyphobie (= rejet des personnes non binaires) se retrouve dans tous les domaines dans une société bigenrée. Le rejet peut provenir de la famille, du milieu scolaire, de la vie professionnelle, du monde médical, etc.

Dans une étude américaine de 2008, il ressort que les personnes non binaires sont davantage (même plus que les personnes transgenres) susceptibles d’être victimes d’agression, d’être harcelées et même malmenées par la police ou d’être discriminées lors d’une intervention médicale.

Cette journée est également l’occasion de sensibiliser les pays à reconnaître légalement le statut des personnes non binaires en proposant un genre neutre ou non binaire sur les documents administratifs. C’est déjà le cas pour l’Allemagne, les Pays-Bas, le Bangladesh, le Canada, l’Australie, le Danemark et la Nouvelle-Zélande qui proposent la case non binaire sur les passeports et un genre neutre sur les permis de conduire.

 

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https://www.sos-transphobie.org/photos/identite-et-expression-de-genre
https://es.wikipedia.org/wiki/D%C3%ADa_Internacional_de_las_Personas_No_Binarias
Khadiaja Houmimi

ARTICLE ÉCRIT PAR

KHADIJA HOUMIMI

Rédactrice, traductrice et philologue en langues française et espagnole

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